Séjour de décembre 2023

Récit raconté par Elisabeth C., la présidente de l’association.

Un nouveau séjour à Youtou en cette fin d’année 2023, début 2024, Danièle m’a accompagnée pour ce séjour de 5 semaines.
Cette fois, nous avons eu le plaisir de partir de Lyon, un direct Lyon Dakar nous facilite le début du voyage. Malheureusement l’horaire ne nous a pas permis de trouver une correspondance pour la Casamance aussi, nous avons fait une escale à Thiès ou nous avons gentiment été accueillies chez Arandy, originaire de Youtou. Le lendemain, un court vol d’une heure nous a vite emportées en Casamance. Nous avons pu admirer ses bolongs vus du ciel et ses méandres sont toujours un ravissement des yeux.
Très vite, nous avons pu rejoindre Youtou car à notre grand étonnement en bus par voie terrestre à la place de l’habituel voyage en pirogue. En effet, la piste a été améliorée l’année dernière et permet maintenant aux véhicules de l’emprunter au départ d’Oukout près d’Oussouye. L’arrivée au village a été bien plus rapide (pas d’attente intermédiaire au pont de Niambalan) et nous a permis d’admirer la brousse, assises dans le bus au confort africain, même si celui-ci était bondé…

Nous sommes arrivées au village juste au commencement de la récolte dans les rizières.
Assez vite, nous avons eu le plaisir de partager cette activité avec les femmes en les rejoignant à la rizière couteau à la main. Effectivement, la récolte s’effectue toujours manuellement en coupant brin à brin afin de former des gerbes appelées « mains ». Une gerbe = 1 main
Rapidement, nous avons pris goût à l’exercice et Danièle se débrouillait même très bien au grand étonnement de certaines femmes.

Nous ne restions que quelques heures en matinée car le soleil devient vite trop chaud pour nous européennes arrivant fraîchement de l’hiver métropolitain.
Ces moments avec les femmes ont été très riches en partage et échanges outre la joie qu’elles ont éprouvé à nous accueillir en participant à ce travail fatiguant.
La récolte s’effectue individuellement, par parcelle familiale ou en groupe, une femme appelle les autres femmes de son quartier, la récolte se fait alors en ligne, il est assez impressionnant de les voir avancer tout en devisant, chantant ou se moquant gentiment les unes des autres. Cette période de la récolte du riz occupe les femmes d’un mois à six semaines 7 jours sur 7, tôt le matin jusqu’à la nuit tombée. C’est un travail épuisant, sous une grosse chaleur dès 11h/midi. Nous sommes admiratives devant leur ténacité, leur courage sachant que ce travail assure l’alimentation de leur famille pour toute l’année.

Le village évolue ! Depuis mon séjour en juillet, chaque quartier et toute maison l’ayant demandé était équipé d’une arrivée d’eau : un robinet dans la cour permettant de remplir des seaux ou des bassines sans la fastidieuse corvée du puisage. Cette avancée à bien entendu un coût et les youtouois ont dû apprendre à mesurer leur consommation.
Autre évolution, le gouvernement a lancé l’installation de deux stations solaires pour procurer l’électricité à tout le village. Chaque station fournira 3 quartiers. Une équipe de 2 chinois aidés par 4 jeunes du village étaient à pied d’œuvre pour installer tout le matériel nécessaire. A notre départ, les chantiers étaient bien avancés mais l’électricité pas encore raccordée le long des sentiers ou dans les maisons. Une partie des poteaux sont déjà en place.
Il est probable que ces avancées modifieront la vie du village, amélioreront le quotidien des familles et qu’une économie différente verra la jour petit à petit. À suivre …

Les fêtes de fin d’année se sont déroulées très calmement, bien plus simplement et bien loin de l’effervescence française mais aussi malheureusement ont été entachées par le décès d’Imbert, l’un de nos piliers ayant fortement soutenu et encouragé de nombreux jeunes ou familles de Youtou.

Quand nous n’étions pas à la rizière et que la chaleur était supportable, en début ou en fin de journée, nous nous promenions dans le village ou dans ses alentours. C’est ainsi que nous sommes allées en brousse juste profiter de la quiétude des lieux et aussi aider Rita à la récolte des fleurs de bissap. Le bissap est ce qu’on appelle en France ibiscus. Ses fleurs et ses feuilles sont consommables. Les fleurs séchées servent à la préparation d’une boisson sucrée et les feuilles à l’élaboration d’une sauce qui accompagnera le plat de riz. Cette préparation s’apparente un peu à de l’oseille bouillie et écrasée.

Nous aimions bien partir en fin de journée juste derrière la maison où un chemin débouche sur la rizière avec en toile de fond le marigot puis la brousse avec de nombreux palmiers et autres grands arbres. Paysage magnifique, silencieux, ressourçant… Souvent c’était l’heure où nous croisions des hommes ou des femmes revenant de leur travail à la rizière ou en brousse. Récolte du vin de palme pour les hommes et du riz pour les femmes. Chacun portant son matériel (machette, ceinture pour monter au palmier et autres instruments) et chacune un panier sur la tête avec le nécessaire pour la journée (bidon d’eau, gamelle du repas de midi, couteaux, chapeau…) ou parfois une partie des gerbes de riz récoltées dans la journée.

Un matin, nous sommes allées à l’école élémentaire et avons trouvé la cour en effervescence. C’était jour de « Set setal » c’est-à-dire grand nettoyage. Tout le monde s’active dans tous les coins, élèves mais aussi enseignants. Chacun ayant apporté un outil de travail, râteau, balais, pelle, kadiendo, paniers… Des groupes se sont formés et s’activent dans tous les coins de l’école. Ça fait plaisir de les voir ainsi travailler à l’unisson pour rendre cette école propre.

Nous avons également pu suivre l’évolution des projets en cours soutenus par APPY, les lampes solaires, la clôture du jardin des femmes dont le chantier a démarré ainsi que l’élevage de poulets et le salon de coiffure.

Ces sujets seront développés dans un deuxième temps à l’occasion de notre lettre d’info en début d’été.