Elisabeth et Youtou

Il y a 10 ans, me vient un jour l’idée d’aller donner de mon temps là-bas en Afrique…
Pourquoi ? Pourquoi pas ?
Dans la vie, il y a comme cela parfois une personne ou un lieu qui nous attire sans que l’on sache vraiment pourquoi. J’ai répondu à cet appel intérieur et ai commencé à chercher ce que je pourrais envisager pour étancher cette soif d’aventure humanitaire.

Assez vite, j’apprends qu’il est possible dans mon entreprise de demander un congé d’aide humanitaire.
Je pars alors à la recherche d’une mission, et c’est ainsi qu’en Janvier 1991 je m’envole pour la première fois vers Youtou au Sénégal où je rejoins la communauté des religieuses de St Joseph de Lyon afin d’aider la population à l’installation d’une maternité de village.

Cette première année de vie en terre africaine a été pour moi une année de rêve, riche en découvertes, échanges et partages.
J’ai donné de mon temps et de mon énergie c’est vrai, mais j’ai tellement appris et reçu en échange.
Apprendre puis parler le diola, langue du village m’a alors vraiment permis d’échanger.
Les villageois m’ont accueillie avec tant de gentillesse, ils m’ont fait découvrir le bonheur d’être heureux en vivant simplement.

En décembre je suis rentrée en France, enrichie de cette expérience d’une année.
Triste et résignée, je reprends mon travail au laboratoire Pasteur Mérieux à Marcy l’Etoile avec en moi une forte envie de “repartir”…

… Et c’est alors une deuxième mission de 5 mois qui se profile en 1993.
Juste au moment où je me prépare à partir pour cette nouvelle mission, on m’apprend que les villageois de Youtou ont dû fuir car les indépendantistes ont investi le village. Déjà partie dans ma tête, je ne peux renoncer à cette mission, je propose donc mes services à d’autres centres de soins basés au Sénégal.
C’est alors à Djilas, en pays Sérère, que je me suis retrouvée pour aider à installer un laboratoire et assurer la formation de deux laborantines.
Autre lieu, autre ethnie, autres rencontres également très enrichissantes.
Suite à plusieurs visites à Youtou, à l’occasion de mes congés annuels, je trouve lors mon voyage au printemps 1997 un village en pleine reconstruction.
En effet, après les événements de 1995 ayant obligé la totalité des villageois à fuir, la moitié du village était détruit. La population était pleine d’espoir et de courage pour reconstruire son village. Lorsqu’elle m’a demandé de revenir, cela n’a fait qu’un tour dans ma tête et je décidai de redemander un congé d’aide humanitaire.

Dès Novembre 1997, je repars alors pour une nouvelle mission de 8 mois à Youtou.
Ce séjour me permet d’aider à réorganiser la maternité et le dispensaire endommagés par les rebelles lors de leur intrusion de 1995 mais aussi de remettre sur pied un petit laboratoire avec le matériel que j’avais pu récupérer en France avant de partir.
Cette fois-ci je décidais de vivre plus près des villageois en prenant une chambre hors de la communauté religieuse, ce qui rend mon séjour encore plus intense en terme de découverte du village, de ses habitants et me permet d’approfondir mes connaissances en Diola.
Très vite les villageois, et en particulier les femmes que je retrouvais aux champs quand je le pouvais, ont compris que j’étais là pour partager leur vie telle qu’elle était mais aussi pour les soutenir dans leur vie quotidienne.

Un projet d’aide d’urgence et de développement pour le village de Youtou pointait son nez à l’initiative de l’évêque et de la Caritas de Ziguinchor. C’est alors qu’une offre inespérée m’est proposée : être animatrice-coordinatrice de ce projet et ainsi de revenir vivre et travailler pour trois ans dans ce village où je me sentais de plus en plus chez moi, aux côtés de cette population si méritante.

Je repars donc en Février 1999, pleine de courage et d’entrain.
Ne me considérant plus comme une étrangère au village, je décide de m’installer dans une famille amie du quartier. Nouvelle expérience, différente des précédentes. Vivre dans une famille me permet alors de sentir les choses de l’intérieur et ainsi d’apprendre d’entrer plus profondément dans leur quotidien, de connaitre leur vie, leurs traditions, de mieux comprendre leurs espoirs et désirs et ainsi construire ensemble un avenir adapté respectueux de leur identité…

Si mes différentes missions ont été si riches, je le dois aussi à tout mon entourage qui m’a soutenue, aidée et encouragée (famille, amis, collaborateurs).

Ces dix dernières années, mes séjours de plus en plus fréquents en Afrique m’ont appris plusieurs choses : la patience, le respect de l’autre dans toutes ses différences, l’accueil, le partage du peu qu’on possède mais surtout de savoir vivre pleinement le moment présent.